2010 année de l'Afrique

Après la proclamation de l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique, des réseaux politiques et économiques ont assuré la continuité du pillage du continent africain, au profit notamment des hommes de pouvoir en France, en plaçant des dictateurs corrompus à la tête des États nouvellement indépendants. 50 ans après, et malgré les discours de rupture, la Françafrique est toujours d’actualité...

Bilan des mobilisations citoyennes à l’occasion du XXVe sommet Afrique-France

La période précédant le sommet Afrique-France de Nice a constitué le temps fort de la campagne 2010 : Libérons-nous de 50 ans de Françafrique. Du 21 mai au 1er juin, date de la clôture du sommet officiel, différents événements ont été organisés par Survie et ses partenaires à l’attention des journalistes, de la classe politique et du grand public.

Ces mobilisations ont débuté le 21 mai par une conférence de presse qui a permit à une quinzaine de médias nationaux et internationaux (France Info, France Inter, RFI, La Croix, le JDD, BBC, etc.) de relayer les revendications portées par Survie et le Secours Catholique à l’occasion du sommet officiel.

Deuxième étape de ces mobilisations, un colloque s’est tenu le 25 mai à l’Assemblée Nationale à l’initiative de la Plateforme Citoyenne France-Afrique qui regroupe depuis 2007 une dizaine d’organisations dont Survie, le Secours catholique, le CCFD, Oxfam-France ou encore ATTAC. Ce colloque consacré au contrôle parlementaire de la politique africaine de la France a permis d’examiner les questions relatives aux opérations militaires extérieures et aux accords de défense, à la politique française d’Aide Publique au Développement, aux processus électoraux et à la promotion de la démocratie en Afrique. Les députés Jean-Louis Christ (UMP), François Loncle (PS), Noël Mamère (Verts) et Jacques Remillier (UMP) ont participé aux débats. Ils se sont montrés globalement intéressés par les revendications portées par la plateforme et ont encouragé ses membres à leur fournir régulièrement des éléments d’informations afin de pouvoir interpeller davantage le gouvernement sur ces sujets. Hasard du calendrier, ce colloque précédait immédiatement l’audition de Dov Zerah, futur directeur général de l’AFD (Agence Française de Développement) nommé par le Président N. Sarkozy, par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée. Les membres de la Plateforme ont ainsi pu alimenter les députés présents en informations sur le compte de ce personnage qui symbolise la nouvelle orientation affairiste de la Françafrique, ce qui s’est ressenti dans les questions posées lors de cette audition, notamment sur ses liens présumés avec l’émissaire occulte de la Françafrique Robert Bourgi.

Troisième étape, le Forum Citoyen France-Afrique s’est tenu le samedi 29 mai à l’espace fraternité d’Aubervilliers. Cet événement gratuit a rassemblé une quinzaine d’organisations (Survie, l’Afaspa, Greenpeace, la FCD, le CODE, l’UPC, l’association Sortir du Colonialisme, Offensive Libertaire et Sociale, le CADTM, Areva ne fera pas la loi au Niger, PVA Gabon, Justice pour Sankara, le MRAP 93…) qui ont tenu des stands d’information à destination du public sur des thématiques liées aux relations franco-africaines. En parallèle, quatre conférences se sont succédées sur les thématiques des migrations, des processus électoraux, de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises françaises en Afrique et des résistances des sociétés civiles africaines. Les interventions et les débats ont été très appréciés par un public composé de militants, mais aussi de nombreux curieux, ainsi que des personnes venues pour le concert. La journée s’est terminée de manière festive et conviviale par un grand concert avec Apkass, HK et les saltimbanks et Atri N’Assouf. Le Forum citoyen a accueilli environ 350 personnes pendant la journée, venues malgré la pluie, le froid et les difficultés d’accès au lieu.

La quatrième et dernière étape de ces mobilisations, coordonnée par le collectif chasséEs d’ici, pilléEs là-bas, a conduit Survie et ses partenaires à se rendre à Nice pour faire entendre la voix des sociétés civiles française et africaine face au discours officiel porté par la France à l’occasion du XXVe sommet Afrique-France des chefs d’État. Une dizaine de militants parisiens ont fait le déplacement en compagnie de la présidente et de deux militants africains (André Afanou du CACIT-Togo, et Brice Mackosso de Publiez ce que vous payez Congo-B) qui ont participé à l’ensemble des mobilisations citoyennes. Ils ont retrouvé à Nice les groupes locaux de Survie Isère, Survie Bouche-du-Rhône, et Survie Vaucluse. En compagnie de différentes associations, syndicats et partis politiques (Greenpeace, RESF, CGT, NPA etc.), ils ont monté un petit village associatif sur la place de la Libération (très éloignée du sommet officiel mais située sur une grande artère commerciale de la ville) pour interpeller les passants niçois sur la politique africaine de la France et les enjeux du sommet officiel. Parmi les actions symboliques menées, la distribution d’un faux journal annonçant la fin de la Françafrique qui a rencontré un écho très favorable de la part des passants. Les médias ont également apprécié cette parodie qui a notamment été filmée par les caméras de France 3 et M6 région. Les organisations se sont ensuite regroupées pour une grande manifestation à laquelle s’est joint le collectif des marcheurs sans-papiers partis de Paris le 1er mai pour rejoindre Nice et y faire entendre leur demande de régularisation. La manifestation qui s’est déroulée dans le calme a rassemblé plus d’un millier de personnes derrière la banderole « Arrêtons le soutien aux dictateurs, soutenons les peuples africains, ensemble contre la Françafrique ». En tête de cortège, les membres de Survie étaient déguisés en businessmen, en militaires ou en dictateurs africains, en référence au carnaval de Nice. La journée s’est terminée sur cette même place de la Libération par une table ronde réunissant Anzoumane Sissocko porte-parole des Marcheurs sans-papiers, Bruno Dalberto de l’espace Europe/International de la CGT et Odile Tobner, présidente de Survie. Très en verve, celle-ci a fustigé la continuité de la Françafrique sous Nicolas Sarkozy et la complicité de la France avec de nombreux chefs d’États criminels et irresponsables du continent africain, propos applaudis à plusieurs reprise par un auditoire composé en grande partie de sans-papiers. Les mobilisations en marge du Sommet de Nice ont été fortement relayées par les médias radios (France Inter, Europe1, RTL, Voice of America, RFI), journaux (Nice Matin, Le Monde, Le Canard enchaîné, 20minutes, Métro) et télé (TV5 Monde, LCI, France3, M6, Africa24), sans compter les nombreux médias du web. Le journal L’Humanité, parmi ses nombreux articles relayant les revendications de Survie, a publié lundi 31 mai l’Appel intitulé 2010 : Libérons-nous de 50 ans de Françafrique signé par une quarantaine de personnalités des milieux militants, politiques, artistiques et universitaires.

Ces différents temps de mobilisations ont permis d’informer les citoyens français (via les médias ou la rencontre avec des militants) de ce qu’est encore aujourd’hui la politique africaine de la France et des raisons pour lesquelles il est indispensable de faire évoluer les relations franco-africaines vers plus de transparence. Pour y parvenir, le plaidoyer auprès des députés pour redonner du pouvoir au Parlement reste un levier fort, ce qui s’est vérifié lors du colloque. Ce bilan positif encourage à garder le contact avec les élus et les citoyens rencontrés, et à poursuivre la campagne 2010 : Libérons-nous de 50 ans de Françafrique sur cette belle lancée. Prochaine étape, la course contre la Françafrique pour laquelle il faudra rester « gonflés à bloc pour arriver à Paris avant les dictateurs ! »


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