2010 année de l'Afrique

Après la proclamation de l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique, des réseaux politiques et économiques ont assuré la continuité du pillage du continent africain, au profit notamment des hommes de pouvoir en France, en plaçant des dictateurs corrompus à la tête des États nouvellement indépendants. 50 ans après, et malgré les discours de rupture, la Françafrique est toujours d’actualité...

Les acteurs françafricains

Algérie

(Abdelaziz Bouteflika)

Au lendemain d’une terrible guerre d’indépendance, le pouvoir se trouve rapidement confisqué par deux entités complémentaires : la Sécurité Militaire (SM, devenue DRS) et une junte d’officiers. Ce binôme contrôle le pays en sous-main pendant trois décennies avant de prendre le pouvoir par la force en 1992, en réaction au succès électoral du Front Islamique du Salut. Pour se donner une légitimité, les généraux appellent au pouvoir Boudiaf, militant historique de l’indépendance en exil au Maroc, mais le font finalement assassiner lorsqu’il commence à s’attaquer à la corruption. Débute alors une véritable guerre civile, qui fera des dizaines de milliers de victimes.

Pour préserver un système de corruption basé sur les contrats commerciaux du pays (notamment avec la France, premier partenaire extérieur), la junte mafieuse ne recule devant rien. Elle reprend les méthodes de guerre insurrectionnelle françaises et instrumentalise des groupes islamiques armés, créant même de vrais-faux groupes islamiques armés (GIA) pour continuer à bénéficier de l’aide occidentale contre le « terrorisme ».

Assassinat de l’opposant Mecili à Paris en 1987, enlèvement de Français à Alger par un faux GIA (affaire « Thévenot ») en 1993, mensonges et cafouillages sur l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996, les exemples de complicité entre services français et algériens ne manquent pas. En 1997, la France liquide le mince espoir de constituer une commission d’enquête internationale sur les manipulations de la violence par le pouvoir, le gouvernement français ayant conclu à son inutilité, après un voyage de Jack Lang sur place.

Rien ou presque ne change avec l’arrivée au pouvoir de Bouteflika en 1999 : ce vieux politique, co-responsable du dévoiement antidémocratique de l’indépendance algérienne en 1962, a su tenir de belles paroles à son peuple et rassurer les militaires. Corruption, fraude électorale, appareil tortionnaire et manipulation de l’opinion restent les points cardinaux d’un régime algérien bicéphale (le Président et l’armée). La France continue à le soutenir, sans jamais mettre en doute sa façade « démocratique » et encore moins s’attaquer à ses dérives mafieuses dont les bénéficiaires se situent de part et d’autre de la Méditerranée. Nicolas Sarkozy s’y est d’ailleurs rendu fin 2007 pour y défendre de nouveaux contrats...

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