2010 année de l'Afrique

Après la proclamation de l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique, des réseaux politiques et économiques ont assuré la continuité du pillage du continent africain, au profit notamment des hommes de pouvoir en France, en plaçant des dictateurs corrompus à la tête des États nouvellement indépendants. 50 ans après, et malgré les discours de rupture, la Françafrique est toujours d’actualité...

Les acteurs françafricains

Cameroun

(Paul Biya)

Après la Première guerre mondiale, la colonie allemande du Kamerun est placé par la Société des Nations sous la double-tutelle de la France, pour la majeure partie du territoire, et du Royaume-Uni, pour la région Ouest limitrophe du Nigeria.

Le mouvement indépendantiste prend de l’ampleur au début des années 50, mené par Ruben Um Nyobé, leader de l’Union des Peuples du Cameroun (UPC). Ce parti, majoritaire mais victime de fraude électorale, est interdit par les autorités françaises en 1955, contraignant Um Nyobé à prendre le maquis, et ses bras droits Félix Moumié et Ernest Ouandié à s’exiler. Sous les ordres du gouverneur Pierre Messmer, l’armée coloniale entame alors une guerre féroce contre les « maquisards », auxquels toute la population rurale est assimilée, et parvient à assassiner leur leader en 1958. Dans le même temps, elle installe à la tête des jeunes autorités camerounaises Ahmadou Ahidjo, qui deviendra en 1960 président... jusqu’en 1982.

Ahidjo fait appel à l’armée française pour « pacifier » le pays : les déplacements de population, les massacres systématiques et les bombardements au napalm alourdiront ainsi le terrible bilan, estimé de 100 000 à 500 000 morts. Sur ordre de Foccart, Moumié est empoisonné en 1960 à Genève par les services français. En 1970, Ouandié est capturé suite à une trahison et exécuté après une parodie de procès ; la résistance camerounaise ne s’en relèvera pas.

En 1982, Ahidjo, trompé par ses ex-alliés français, transmet le pouvoir à Paul Biya, qui livrera le pays à des appétits hexagonaux toujours plus insatiables : Elf puis Total dans le pétrole, Rougier dans le bois, Castel dans la boisson, la Compagnie Fruitière dans la banane, Bolloré dans la logistique portuaire, le rail et l’agriculture.. sans oublier la BNP-Paribas, le Crédit Agricole, ou encore Orange.

Malgré l’avènement du multipartisme en 1991, Biya est réélu de façon ininterrompue, alliant fraude massive et corruption d’une opposition devenue moribonde. Accroché au pouvoir, il a modifié la constitution en 2008 afin de se représenter en 2011, matant dans le sang les émeutes qui dénonçaient ce énième hold-up électoral en préparation : au moins une centaine de camerounais le payèrent de leur vie, tandis qu’environ deux mille personnes étaient arrêtées arbitrairement.

À lire :


Mentions légales - Un site de l'association Survie, réalisé avec Spip par Deor, graphisme par Sébastien Marchal