
Après la proclamation de l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique, des réseaux politiques et économiques ont assuré la continuité du pillage du continent africain, au profit notamment des hommes de pouvoir en France, en plaçant des dictateurs corrompus à la tête des États nouvellement indépendants. 50 ans après, et malgré les discours de rupture, la Françafrique est toujours d’actualité...
En août 1958, le père de l’indépendance, Ahmed Sékou Touré, mobilise les guinéens contre le projet de Communauté française proposé par De Gaulle : « il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ». De Gaulle, furieux, prévient : « L’indépendance est à la disposition de la Guinée [mais] la France en tirera les conséquences ».
Malgré cela, le 28 septembre, le peuple choisit l’indépendance. La puissance coloniale se retire alors en quelques jours, laissant administrations et institutions à genoux. Président d’un pays fragilisé, Sékou Touré en devient vite le dictateur. Les multiples tentatives de renversement soutenues par Paris accentuent sa paranoïa et la répression contre les opposants, et l’amènent à couper toute relation avec la France de 1965 à 1975.
A sa mort en 1984, le Colonel Lansana Conté prend le pouvoir. Il commence par libéraliser l’économie et démanteler l’État policier, mais les Guinéens déchantent rapidement. Avec la généralisation du multipartisme en Afrique, son régime se drape d’un voile démocratique, mais les élections sont systématiquement truquées et l’opposition muselée par une armée omniprésente. La diplomatie et les services français valident les mascarades électorales et couvrent la torture et les incarcérations arbitraires, tandis que Conté, devenu Général, s’installe en président à vie.
« Scandale géologique », la Guinée est le deuxième producteur mondial de bauxite. Mais ce minerai d’aluminium ne profite qu’aux compagnies exploitantes et au clan présidentiel. Excédés, les Guinéens multiplient les manifestations, malgré la répression : début 2007, environ 200 personnes sont tuées. La France ne renoncera pas pour autant à sa coopération militaire, très active à Conakry.
A la mort du vieux général fin 2008, le chaos économique se généralise à la vie politique. Une junte menée par Moussa Dadis Camara prend le pouvoir. L’opposition et la société civile se fédèrent au sein du Forum des Forces Vives et exigent la tenue d’élections libres. Le 28 septembre 2009, leurs militants sont massacrés : au moins 150 morts et plus d’un millier de viols. Deux mois plus tard, Camara, isolé sur la scène internationale et dans son propre camp, est gravement blessé par son bras droit. La junte assure depuis l’intérim du pouvoir, en attendant d’hypothétiques élections ?
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