
Après la proclamation de l’indépendance des anciennes colonies françaises d’Afrique, des réseaux politiques et économiques ont assuré la continuité du pillage du continent africain, au profit notamment des hommes de pouvoir en France, en plaçant des dictateurs corrompus à la tête des États nouvellement indépendants. 50 ans après, et malgré les discours de rupture, la Françafrique est toujours d’actualité...
La part françafricaine de l’histoire de cette ancienne colonie belge, devenue indépendante en 1962 est principalement caractérisée par l’incroyable complicité des plus hautes autorités françaises dans le génocide des tutsi de 1994.
Dès 1990, les autorités françaises soutiennent politiquement et militairement le gouvernement d’Habyarimana au Rwanda, alors engagé dans une guerre contre le Front patriotique Rwandais (FPR) tutsi. Lors de l’opération Noroît en 1990, des troupes françaises sont envoyées au Rwanda pour repousser le FPR.
A l’issue de cette opération, ces troupes restent sur le sol rwandais jusqu’en 1993 pour former l’armée rwandaise. Le chef du détachement militaire français, le lieutenant-colonel Chollet, devient le conseiller spécial du Président Habyarimana et du chef d’état-major rwandais. Dans le même temps, plusieurs pays dont la France livrent des armes au Rwanda. Grâce à ce soutien en matière de formation et d’équipements, l’armée rwandaise décuple entre 1990 et 1993, passant de 5200 hommes à plus de 50 000. Cette assistance militaire s’accompagne d’un soutien idéologique.
Les soldats français présents au Rwanda y importent la doctrine de la guerre révolutionnaire, utilisée par l’armée française pendant la guerre d’Algérie. Ce soutien militaire et idéologique est d’autant plus grave que les autorités françaises, qu’elles soient civiles ou militaires, ne pouvaient ignorer que le génocide des Tutsi était en préparation au Rwanda.
Plusieurs massacres de Tutsi avaient déjà eu lieu de 1990 à 1993 et des messages d’alarme émanaient de l’ambassadeur français au Rwanda et des organisations de défense des droits de l’homme.
Le 6 avril 1994, le président Habyarimana est assassiné. Cet événement marque le début du génocide des Tutsi, tout au long duquel la France maintiendra son soutien au gouvernement rwandais : un soutien politique et diplomatique, militaire, et financier.
Le 9 avril 1994 le gouvernement intérimaire rwandais (GIR) est constitué à l’ambassade de France à Kigali. La France est alors le seul pays à considérer ce gouvernement comme légitime, alors même que celui-ci orchestre le génocide. Une délégation du GIR est même reçue à Paris par les autorités françaises le 27 avril 1994.
Jusqu’en août 1994 de nombreux bailleurs de fonds, dont la Banque de France, la coopération française et la BNP, financent le régime rwandais. Mais c’est le volet militaire du soutien français qui est le plus significatif. Bien que les troupes françaises aient finalement quitté le Rwanda en décembre 1993 (hormis quelques dizaines de coopérants militaires), l’état-major de l’armée rwandaise entretient toujours des rapports avec l’armée française. Ainsi, le 9 mai 1994, soit un mois après le début du génocide, le général Huchon, chef de la mission militaire de coopération et ancien adjoint à l’état-major particulier de Mitterrand, rencontre à Paris le lieutenant-colonel Rwabalinda, numéro 2 des Forces Armées Rwandaises. Les livraisons d’armes se poursuivent également dans le secret, alors même qu’un embargo sur les ventes d’armes a été décidé à l’ONU. Enfin le 22 juin 1994, la France lance au Rwanda l’opération militaire Turquoise. Présentée comme visant à instaurer une « zone humanitaire sûre », l’opération ne contribue pas à stopper le génocide dans la zone, ni à arrêter des génocidaires. Elle permet au contraire à nombre d’entre eux de fuir le Rwanda pour se réfugier au Zaïre.
Depuis la fin du génocide, les autorités françaises se sont employées à entraver la justice : manque de coopération avec le TPIR, refus d’arrêter le colonel Bagosora (cerveau du génocide, présent en France en 1995), lenteur dans les procédures judiciaires à l’encontre de présumés génocidaires rwandais présents en France…
Outre le jugement des génocidaires rwandais, il est capital de faire éclater la vérité sur la complicité des responsables politiques et militaires français dans le génocide des Tutsi qui constitue le paroxysme de l’horreur françafricaine.
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